logo site
Lettonie-Francija
Amitié, news et enchantements France - Latvija ♫ Draudzība, apmaiņa, sadarbību, starp Latvija un Francijā

Informations, actualités, échanges, coopération, amitiés France- Latvija. Média participatif d’informations entre lettons & francophones pour favoriser amitié et projets solidaires avec un pays balte enchanteur centenaire au nord-est de l’Europe.

logo article ou rubrique
SORELLA, LA PETITE FILLE SUR LA PHOTO
avant son assassinat par les nazis en décembre 1941, à Liepaja en Lettonie,

« Cette photo m’a bouleversé ! » Avec ces simples mots, un homme commence son enquête. Il s’agit de la photo de Sorella, fille unique de Jakob et Rosa Epstein, âgée de 10 ans, prise quelques instants avant son assassinat par les nazis. Les massacres de Liepāja en Lettonie se sont déroulés en décembre 1941 sur la plage de Skede. Le film traite de cette situation qu’a connue le peuple juif en Lettonie en 1941 et1945. Un documentaire de 52’ écrit et réalisé par Philippe Labrune proposé par Jean-Marie Montali.

Article mis en ligne le 2 septembre 2018

par JB

Philippe Labrune commence l’enquête après avoir vu la photo exposée au musée juif de Lettonie, à Riga. Il s’efforce alors de retrouver l’identité des quatre femmes présentes sur la photo, et notamment de la petite fille sur la gauche, qui dissimule son visage.

Le documentaire raconte l’histoire de cette petite fille, pour qu’elle ne reste pas qu’une petite fille anonyme, la tête baissée, cachée derrière sa maman. Une ombre sans nom sur une pellicule.

SORELLA, LA PETITE FILLE SUR LA PHOTO

Sorella est née en 1931 dans une famille lettone de Liepāja. Ses parents sont Roza et Jacob Epstein selon son acte de naissance enregistré à Liepāja. En mai ou juin 1941, son père et son oncle Chaïm sont arrêtés par les Soviétiques, car ils seraient, en raison de leur situation de commerçants, susceptibles selon eux de s’opposer à leur idéologie. Ils seront ensuite déportés en Sibérie, où ils meurent quelques années plus tard, dans l’ignorance du sort de leur famille. Sorella et sa famille restante trouvent refuge dans le logis de leur tante, où les nazis feront une rafle, le 1er juillet 1941. [1]

La photo fait partie d’une douzaine de clichés témoignant des exécutions du 15 décembre 1941 à Liepaja en Lettonie. 2749 juifs furent tués sur la plage. Ils retracent chaque étape du massacre jusqu’à une photo ultime montrant les corps inertes, allongés pêle-mêle dans la tranchée.

L’enquêteur veut que son histoire incarne les autres millions d’histoires des victimes de la Shoah, par balles ou par gaz. Il veut retrouver tout ce qui constitue l’état civil de cette petite fille. Tout ce qui a été sa vie jusqu’à ses 10 ans. Mais retrouvera t-il un cliché révélant son doux visage.

« Une photo afin que Sorella relève la tête. Cette photo m’a bouleversé :

  • Qui est cette petite fille ?
  • Quel âge a t-elle ?
  • Où sont ses parents ?
  • Qui sont les femmes à côté d’elle ?
  • Quelle a été sa trop courte vie ?
  • Et le type qui fait la photo, à quelle espèce de d’individu appartient-il ? »

« Le mot « salaud » me vient aussi à l’esprit. C’est un jour de décembre. Il fait froid. Des gens hurlent, pleurent Des soldats crient, rigolent peut-être ivres de schnaps et de sang et abattent des êtres humains à la chaîne. Mais lui le photographe, il pense à son cadre. Il ordonne à la petite fille de rester bien alignée à côté des autres. De ne pas bouger. La photo n’est pas floue : la main du photographe n’a pas tremblé. Un salaud endurci. Je me demande si c’est lui qui a ensuite accompagné la petite fille au bord de la fosse. Est-ce qu’il a tiré ? La technique ? Une balle dans la tête. Même pour les enfants. Même pour les bébés. Les SS demandaient aux mères de tenir leur bébé en l’air et un soldat tirait. Parfois deux soldats. Des spécialistes scientifiques étaient même venus dispenser des formations à ces tueurs pour être plus efficaces. Des bourreaux qui tournaient « maboule ». Les premières cellules psychologiques étaient alors pensées. On croit rêver. Et pourtant non ! La réalité vraie ! La réalité vraie ! »



Comment cette petite communauté a eu à subir les pires traitements coincés entre les troupes nazies d’un côté et les troupes soviétiques de l’autre côte, pour qu’à la fin de la guerre, on ne décompte qu’une centaine d’individus alors qu’ils étaient plusieurs centaines de milliers 4 ans auparavant.

Pour parler de cette période, le film part en enquête sur l’existence d’une petite fille, Sorella Epstein, aperçue sur une photo et se cachant derrière l’une des quatre femmes figées dans l’argentique. Quatre femmes que des soldats nazis ont obligé à se déshabiller juste avant leur mort, sur une plage en Lettonie, en 1941.

Cette photo est l’illustration des premiers instants de ce que sera la Shoah, avec cette expression « un juif, une balle ! ».

La « Shoah par balles » pouvait commencer, mais jugée trop chère, elle engendrera les chambres à gaz plus efficaces.

Construit à base d’archives, de témoignages d’historiens et de tournage sur les lieux fréquentés par Sorella (Liepaja – Riga – Moscou – Ludwigsburg – Israël – Paris), le film va raconter le rôle des alliés à l’est d’Hitler.



52 min
Réalisateur(s) : Philippe LABRUNE
Production : INTUITION FILMS


Critique du 06/03/2015 par Sophie Bourdais dans Télérama :

Fille unique de Jakob et Rosa Epstein, Sorella avait 10 ans quand elle fut assassinée sur la plage de Skede, à Liepaja en Lettonie. En décembre 1941, les commandos SS, secondés par des policiers et militaires lettons, y massacrèrent méthodiquement près de 3 000 femmes et enfants juifs. L’un des SS prit des photos, sauvées de la destruction par l’un des rares rescapés, David Zivcon. Ces images effroyables, on les a vues en 2009, analysées par ­Edward Anders dans l’extraordinaire documentaire de Michaël Prazan Einsatzgruppen, les commandos de la mort . Elles reviennent en ouverture de ce film.

Avec comme intention probable de personnaliser, à travers son destin, les horreurs subies par des millions d’Européens. Rien de critiquable en soi, et pourtant on ressent devant ce film un malaise que n’inspirait pas celui de Prazan. Peut-être à cause de la musique, insupportable jusqu’à l’indécence. Peut-être parce qu’on ne comprend jamais pourquoi les auteurs (deux hommes) ont cru bon d’attribuer leur enquête à une femme, à l­aquelle Dominique Reymond prête une voix chargée d’émotion. Seule certitude, il n’était nul besoin de créer un faux suspense autour de l’identité de Rosa Epstein, sujette à caution aux yeux de « l’enquêtrice » juste parce qu’elle n’aurait pas, sur la fameuse photo, les gestes qui conviennent envers sa fille...
Sophie Bourdais